Enfin un potager potable

mardi 4 janvier 2011
par  François Mimmersheim
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Un jardin en carrés à l’essai, histoire de donner des idées aux amateurs de légumes persos.

Rappelons que cette rubrique est ouverte à tous !

2004 à 2008 : Excuses et grandes décisions

L’envie de cultiver des légumes pour les voir pousser avant de s’en nourrir date de notre arrivée dans la région en 1987. Je dis "notre" car nous étions quatre à découvrir cette belle vallée de la Durance et je dis "nourrir" car il me semble que ce mot disparaît des bouches à nourrir pour être remplacé par "consommer".
Personnellement je préfère déclarer que notre chatte "se nourrit de petits rongeurs et de restes cuisinés" plutôt que "consomme du granulé industriel".
Remarquez que l’on pourrait dire aussi "se nourrit de granulés industriels" mais ça ronronne un peu fer blanc et "consommer du petit rongeur" tient plus du matou-garou que de notre féline copine.

Bref ! Tout ça pour dire que du désir à l’acte il y a un monde et que chaque année n’a pas obligatoirement ajouté un légume de plus dans les rangs, ce que pourtant je m’étais fixé. A part 2 rangs de tomates, 4 pieds d’aubergines et autant de poivrons rachitiques, quelques salades repiquées et courgettes avortées, voilà le maigre résultat de mes cultures débutantes.

Ma faute en grande partie pour manque d’assiduité à la bêche. Il faut dire que la présence d’un maraicher en bas du village me servait d’excuse car si je n’avais eu que l’autre choix de glaner Auchan je me serais sans doute bougé le sécateur.
La terre archi-argileuse m’a découragé car semer des graines de radis dans des mottes de béton ...

Fumer ne suffit pas

Alors ce que je ne voulais faire car je le trouvais cher je le fis (ça sonne bien non ?). Je me fais apporter 3 tonnes de fumier de mouton et après quelques pluies, ultra rares pourtant, une forêt de plantes vertes et étranges recouvrent le prétendu potager.
Celui-ci n’en revient pas (je parle du pote âgé, c’est à dire moi) et il se dit qu’en remplaçant les sauvages et ovines semences par celles de légumes il obtiendrait un potentiel potager potable possible (et pof !).

L’automne arrive, l’été quasi-saharien fait place à plus de douceur et le jardinier en herbe respire enfin. N’a-t-il pas entendu son ami l’indigène lui dire qu’ici il ne pousse pas grand chose de Juin à Septembre ? le voilà rassuré et déculpabilisé, il commence un vrai potager le 1er Septembre, qu’il se le dise !

Mais hélas ... la terre est basse !
Mais bonheur ... Voilà la suite !

2009 : Assez tourné en rond

J’ai malgré tout encore compté jusqu’à cinq avant de réaliser mon petit miracle. Fin 2008 me voilà encore avec mes tomates de l’été précédent pour tout souvenir potager. Mais j’ai tant à faire ailleurs, alors je commence à ne plus me culpabiliser pour le jardin, j’évite de le regarder dans les yeux.

Et me voilà en Mars 2009 dans une petite fête de village devant une librairie de campagne qui parle de la campagne. Un bouquin de plus pour le jardin ça me tente encore, toujours pour me remotiver.

Tiens ! c’est génial ce truc avec des petites cases, une pour chaque légume. Je parcours le livre en vitesse, le referme, le rouvre ... 15 euros et j’embarque le petit livre carré plein de légumes.
Faut vous dire monsieur, que je veux toujours faire des choses pas comme tout le monde ...

Ce précieux achat c’est "L’art du potager en carrés" de Eric Prédine et Jean-Paul Collaert. Chaque page est passionnante et je le lis entièrement dès mon retour à la maison.

Cette fois le miracle s’accomplit : Je suis à la lettre les indications et le 1er Mai mon installation est terminée. Un peu tard pour commencer, le soleil tape parfois déjà dur, mais je suis enthousiaste et pour la première fois je trouve le potager ludique. On s’amuse au lieu de se fatiguer.
La fatigue c’est déjà de l’histoire ancienne, je l’ai ressentie pendant 3 semaines durant lesquelles j’ai ameubli mes futurs emplacements. Un mètre carré par jour avec la fourche-bêche et la pioche pour décompacter une deuxième hauteur de fer.

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Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Plus jamais je ne doit marcher sur ces rectangles maintenant remués. Les allées sont dorénavent fixées sur le pourtour et à partir duquel je peux atteindre n’importe quelle touffe de verdure.

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Un mètre vingt de côté et seize petites cases dans chaque carré ?
Ça a fait rigolé quelques gens mais quand il sont passé me voir pour encore pouvoir rigoler, c’est moi qui était mort de rire devant leur façon de marquer l’arrêt.

Même moi en ouvrant mes volets je me demandais qui avait fait ce petit jardin. Et pourtant je n’ai pas fait grand chose, juste appliquer les conseils de ces deux auteurs sans aucun doute très sympatiques.

Ça ressemble à ça les carrés

Normalement, le jardin en carré est constitué de un ou plusieurs carrés de 1m.20 de côté autour desquels on peut circuler sans piétiner la terre. Ces allées périphériques sont donc immuables et la terre du jardin ne sera plus tassée que par la pluie. On respirera toujours là-dessous.

J’ai dérogé cette première fois à la forme des surfaces pour économiser des planches, petits murs de bois qui retiennent la terre sur une hauteur de 20 centimètres, comme des coffrages.

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Trois rectangles de 6 mètres sur 1m.20 remplacent l’équivalent de 15 carrés. C’était voir grand car 10 ou 12 auraient suffit. Je pense découper mes rectangles en vrai carrés l’an prochain en les divisant dans leurs longueurs par 3 allées chacun. Quatre carrés de moins en gros et je retrouverai mon potager en modules indépendants et encore plus accessibles.

On plante on sème

Chaque case du carré fait 30 centimètre de côté. Je les ai délimitées par un réseau de ficelles qui restent à demeure.
A l’intérieur d’une sorte de gabarit en métal que je me suis fabriqué et que je place à l’endroit choisi, je verse un peu de compost que je mélange à ma terre. Je met un plant en place ou bien je sème sur la surface remise à peu près plane.

Ici je dois mettre une photo de ma géniale invention

Bien que le livre ne le mentionne pas, ce système de gabarit est important car on a plus besoin de faire attention lors des manipulations de la terre et la case restera bien délimitée sans déranger sa voisine.
Chacun invente toujours un petit système à sa façon pour se faciliter la vie n’est-ce pas ? Bon, ça vous fera 10 dollards !

Encore un détail. Pour éviter les matracages orageux et comme paillage de surface, j’ai opté pour la coque de cacao que je verse en dernier sur les semis à l’intérieur de mon gabarit. Ces coques se décomposeront facilement plus tard (je les mélange à la terre avant le semis suivant.
Une petite pluie à la pomme d’arrosoir pour terminer et j’enlève mon sympathique outil.
Oh le beau gâteau au chocolat !

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Des cases comme un damier

Chaque case de 30 centimètre de côté est utilisée pour un légume particulier : Une botte de radis, 9 oignons, 5 salades, 5 betteraves, 9 carottes, 5 pieds de haricots nains, 1 persil, etc ...

Régulièrement, on sème ou plante dans une nouvelle case un de ces légumes et nous aurons une récolte permanente qui sera échelonnée au rythme de leurs croissances.
C’est là l’astucieuse répartition de la production dans les cases de nos carrés de ce système.

Une case une fois récoltée, on la remplace par autre chose d’une famille différente pour ne pas épuisée la terre.

Je tiens à jour un cahier où figurent mes plantations.
Un nouvel éclair de génie m’a fait situer les légumes avec le système de la bataille navale, ce qui fait passer la gestion du jardin directement du casse-tête chinois (j’avais eu soudainement quelques minutes de froide stupeur et d’inquiétude en effet) à la sérénité béate la plus totale (bon sang mais c’est ... bien sûr !)
Ça vous fera encore 10 dollards !

A,B,C,D + 1,2,3,4 et vous avez les coordonnées de vos légumes. Pour du ludique c’est ludique.
- Dans B4 carré 1 j’ai ma botte de radis pour lundi prochain.
- Dans B2 carré 5 j’ai des betteraves pour septembre.
- Dans A1 carré 7 j’ai à semer 5 graines de haricots car j’en ai coupé la dernière salade.
- Dans C4 carré 2 j’ai laissé les derniers radis monter en graines.
- etc ...

Puisque je vous dis que c’est ludique !

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Il suffit d’arroser

Encore une bonne nouvelle concernant l’arrosage.

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Assez cucu ce jardin ...

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... et arrête tes salades

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Merci à Eric Prédine et Jean-Paul Collaert pour leur joli bouquin "L’art du potager en carrés" et pour avoir resemé dans mon coeur les désirs heureux du jardin.


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